Car, si le fait d’avoir les opinions religieuses est par lui-même répréhensible, peu importe le sexe des personnes qui ont ces opinions. On peut même soutenir que les actes religieux accomplis par les hommes qui se sont attribué dans la société un rôle prépondérant, ont une portée plus considérable que ceux accomplis par des femmes annulées.

Pourquoi les femmes croyantes seraient-elles donc traitées avec plus de rigueur que les hommes croyants?

On ne demande pas aux hommes quelles sont leurs idées philosophiques quand on leur délivre la carte électorale: les prêtres, les pasteurs, les rabbins, la reçoivent, comme les libres-penseurs.

Puisque les hommes ne sont pas spoliés de leurs droits pour cause d’opinions, pourquoi les femmes le seraient-elles?

Si la religiosité aide plutôt des hommes à s’élever dans la République aux premières fonctions et dignités, comment cette religiosité ferait-elle dégrader civiquement les femmes?

Ceux qui excommunient les Françaises de la vie publique, entendent substituer au déisme, le masculinisme.

—Femmes! disent-ils, ne croyez pas à l’infaillibilité du pape, mais admettez sans discussion l’infaillibilité de l’homme!

Ce sont surtout les femmes malheureuses en ménage qui s’adonnent au mysticisme. Cela m’a été tant de fois démontré, que dès qu’un citoyen me confie que sa compagne légitime ou illégitime, tombe dans la religiosité ou l’occultisme; avec la certitude d’avoir devant moi un coupable, je lui demande aussitôt:—Qu’avez-vous fait à votre femme?

Pendant qu’elles sont les embastillées des codes, s’occuper de l’opinion des femmes, c’est comme si l’on s’occupait du chemin qu’un prisonnier prendra quand il aura brisé ses chaînes. Tous les délivrés de l’oppression courent du côté où ils voient le plus de liberté.

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