Je fus un jour déléguée par une société de libres-penseurs pour prendre la parole à un mariage civil. Aucun programme ne m’ayant été tracé, je crus avoir carte blanche et après avoir entendu le maire lire aux nouveaux époux les articles 213-214-215-217 du Code civil, je ne pus m’empêcher de dire aux conjoints:
«Il ne suffit pas que vous vous absteniez d’aller à l’Eglise faire bénir votre union, vous devez encore réprouver le texte de la loi basée sur l’esprit de l’Eglise qui consacre le principe d’autorité. Si vous voulez être heureux dans le mariage, traitez-vous en amis! en associés! en égaux!... Ne tenez pas plus compte de la loi qui outrage et infériorise la femme, que vous n’avez tenu compte du droit canonique qui vous enjoignait de vous marier à l’Eglise.»
Le préfet de la Seine indigné qu’il soit fait des correctifs au Code, adressa aux maires de Paris la circulaire suivante:
LES MARIAGES CIVILS
Paris, le 21 avril 1880.
Messieurs et chers collaborateurs,
Une de nos préoccupations communes les plus vives a été de maintenir et d’accroître la dignité de la cérémonie du mariage civil.
Mais il ne suffit pas, pour rendre à la loi le respect qu’elle mérite, que la cérémonie s’accomplisse régulièrement et que l’ordre matériel ne soit pas troublé il faut encore que les paroles contraires au respect de la loi ne puissent s’élever dans le lieu même où l’on vient rendre hommage à la loi.
Nous voulons augmenter le prestige du mariage civil, et nous laisserions critiquer publiquement la législation qui le consacre au moment même où l’acte vient de s’accomplir.
Il y a quelques jours, à la mairie du dixième arrondissement, à la suite et à l’occasion d’un mariage civil, une personne dont on parle beaucoup en ce moment a prononcé un discours dont le texte même ne m’est pas connu, mais dont le fonds roulait sur les inégalités établies entre le mari et la femme par les articles du Code civil dont l’officier de l’état-civil venait de donner lecture quelques instants auparavant.