Les mandataires se nantissent généreusement; mais, ils ne se préoccupent pas de mettre leurs souverains en état de faire figure dans le monde, ou de ne point mourir de faim.

Le dénûment des électeurs sans travail s’offrant au regard, en même temps que Ledru-Rollin et son urne, démontre au peuple l’amère dérision du suffrage restreint pompeusement baptisé universel.

Le penseur lui, interpelle l’organisateur du suffrage.—Pourquoi dit-il, Ledru-Rollin, n’as-tu pas fait donner le bulletin de vote à la femme instigatrice d’ordre social; et ainsi, rendu valable ce papier pouvoir avec lequel les Français pourraient aussi sûrement qu’avec un chèque obtenir du bien-être et de la liberté?

—Pourquoi Ledru-Rollin n’as-tu pas fait confier à l’éducatrice accordée à l’homme par la nature, le soin de lui donner conscience de la valeur de son bulletin? La mission de lui inculquer que voter, c’est pour l’opprimé initié, le pouvoir de réaliser sa volonté d’être libre et heureux?

—Pourquoi, Ledru-Rollin, n’as-tu pas fait appeler à voter, au lieu de l’homme seul, le couple humain et ainsi précipité l’éducation politique, rendu les Français aptes à garder en permanence leur souveraineté, capables de se donner à eux-mêmes leur règle et leurs lois?

Le suffrage est une machine à progrès, qui pour produire des effets, doit être mise en mouvement par la volonté mâle et femelle de la nation; mais qui seulement activée par un petit nombre d’hommes, est faute de force motrice réduite à l’impuissance.

Avant de déprécier le suffrage universel, qu’on le fasse fonctionner; car, s’il ne donne les résultats promis, c’est parce qu’il est faussé dans son principe, tronqué dans son application.

De même que beaucoup d’inventions modernes, qui ne deviennent utilisables qu’à l’aide de certaines combinaisons; le suffrage a besoin de toutes les énergies féminines et masculines de la nation, pour devenir l’instrument d’évolution capable de transformer l’état social.

Pour tirer profit de l’excellente institution du suffrage, il faut l’appliquer rigoureusement dans toute l’étendue qu’elle comporte en l’universalisant. Il ne suffit pas de travestir les mots de notre langue, de faire l’apothéose d’une contre vérité, pour donner à un suffrage mutilé l’autorité et la puissance de celui qui engloberait l’intégralité des Français et des Françaises.

Le suffrage ne produira des résultats mathématiques, que quand pratiqué par les deux sexes, il aura été soumis à un dressage qui le rendra conscient.