La femme citoyenne: c’est-à-dire la femme investie des plus hauts droits sociaux, aura, par la liberté, sa dignité rehaussée; par le sentiment de la responsabilité, son caractère augmenté.

La femme citoyenne se relèvera promptement de sa fâcheuse situation économique, l’Etat et la législation ne l’infériorisant plus, toutes les carrières, toutes les professions lui seront accessibles, et, quel que soit son travail, elle ne le verra plus déprécié sous ce prétexte ridicule qu’il émane d’une femme.

Avant que la femme ait le pouvoir d’intervenir partout où ses intérêts sont en jeu pour les défendre, un changement dans la condition politique de la société ne remédierait pas au sort de la femme.

Un changement de l’ordre social économique n’affranchirait pas la femme; car, bien que tous les jours la question économique soit résolue pour un petit nombre de personnes, la condition de la femme est, chez les favorisés de la fortune, le lendemain, la même que la veille. En France, les femmes millionnaires sont soumises aux mêmes lois tyranniques que les femmes pauvres.

Toutes les femmes,—de quelque opinion et de quelque condition qu’elles soient,—toutes les femmes souffrent ou peuvent souffrir de la législation actuelle. Et sont intéressées à posséder le pouvoir d’abroger les lois qui les infériorisent et les asservissent.

La Citoyenne que des antiféministes représentaient comme un épouvantail fut appréciée; ses articles furent souvent reproduits par les grands quotidiens qui en discutant ses théories, louaient sa modération et sa logique.

Dès son 16e numéro La Citoyenne adressait cette question aux législateurs:—Quels sont les députés qui veulent que le suffrage soit également exercé par les hommes et par les femmes?

M. Alfred Talendier député et M. J. de Gasté député—qui proposa en 1890 qu’un nombre égal d’hommes et de femmes siègent à la chambre et au sénat, nous répondirent:—qu’ils voulaient le suffrage réellement universel, également exercé par les hommes et par les femmes». Beaucoup d’autres législateurs, affirmèrent dans des conversations particulières ce qu’ils n’osèrent dire publiquement.

Quand vinrent les élections de 1885, il fut décidé au cercle du suffrage des Femmes que la candidature unique de Maria Deraismes serait posée; mais, celle-ci ne voulait ni dépenser ni payer de sa personne. Sur ces entrefaites, des dames membres du cercle du suffrage qui désiraient être candidates formèrent «La ligue de Protection des Femmes» qui fit inscrire sur la liste de la Fédération Républicaine socialiste une vingtaine de femmes candidates. Plusieurs de ces dames déclinèrent l’honneur qui leur était fait et les suffragistes les plus déterminées s’abstinrent de prendre part à cette manifestation.

En 1888 lors de mon départ pour l’Algérie, où mon mari Antonin Lévrier était juge de paix, j’avais confié à une de mes collaboratrices la direction de La Citoyenne dont la publication était assurée par une subvention de M. de Gasté; et, à laquelle je continuais à collaborer. En décembre 1891, cette dame, en changeant le titre du journal s’appropria La Citoyenne et sa clientèle.