Les hommes qui étaient là, se sont bien moqués de nous; nous leur avons répondu qu’il n’y avait pas de quoi rire parce qu’on avait fait la bêtise d’empêcher de voter les femmes.»

Maintenant, quand les dames demandent à être électeurs on ne leur répond plus comme autrefois. «Les chevaux et les bœufs voteront avant les femmes.» On leur donne un récépissé de leur demande d’inscription.

Dans les communes suburbaines comme à Paris, on consigne sur le registre, les demandes d’inscription électorale des femmes.

Celles qui possèdent le récépissé de leur requête et la réponse de la commission chargée de juger les réclamations en matière électorale, doivent garder précieusement ces papiers. Ce sont des parchemins en valant bien d’autres, puisqu’ils établissent la supériorité intellectuelle qui les a fait protester contre la mise de leur sexe hors la loi.

La loi stipule que sont électeurs tous les Français âgés de vingt-et-un ans. Ces termes «tous les Français» englobent les femmes quand il s’agit d’impôts à payer et de lois à subir; mais, lorsqu’il s’agit de droits à exercer, ces mots «les Français» sont censés ne désigner que les hommes.

Les Françaises ont tout tenté, pour faire infirmer non point la loi inexistante, mais l’usage qui les annule politiquement; elles sont allées devant toutes les juridictions: devant le conseil de préfecture, devant le Conseil d’Etat, devant la Cour de cassation, réclamer leur droit électoral.

Les juges de la Cour de cassation, pour stipuler que les femmes ne devaient pas exercer de droits politiques, ont appelé à leur secours la Constitution de 1791, qui ne reconnaissait qu’aux gens inscrits sur la liste de la garde nationale, la capacité électorale.

Or, comme pour pouvoir faire partie de la garde nationale, il fallait payer 40 francs d’impôts, le droit électoral dérivait de l’obligation d’être contribuable.

La Constitution de 1791 a d’ailleurs été abrogée par celle de 1848, dont la Cour de cassation n’a pas parlé, parce que justement, elle nous est favorable, puisqu’elle déclare que «la souveraineté réside dans l’universalité des Français, que cette souveraineté est inaliénable, qu’aucun individu, ni aucune fraction d’individu ne peut s’en attribuer l’exercice».

Les juges de la Cour de cassation n’ignorent point que les hommes ne peuvent s’approprier les droits des femmes; pourtant, ils nous ont demandé de trouver un texte législatif autorisant les femmes à voter.