On propose de spolier les génératrices, de récompenser les hommes du travail de gestation et de parturition des femmes. La prime donnée au père n’allégerait point le fardeau maternel. Ce ne serait pas, parce que les hommes civilisés empocheraient la récompense de l’enfantement, qu’ils parviendraient plus que les primitifs—simulant les douleurs quand leur femme accouche—à faire croire que ce sont eux qui mettent au monde les enfants.
Pour obtenir de la femme qu’elle dépense ses forces, passe ses nuits en veilles, ruine sa santé et risque sa vie afin d’augmenter la population, c’est employer un singulier moyen que de gratifier le père, parce qu’il vote, du travail accompli par la mère, qui ne vote pas. Est-ce le moyen de déterminer les femmes à appeler à la vie beaucoup d’enfants? Les ouvriers seraient-ils excités à travailler en un chantier où le contre-maître s’attribuerait leur salaire?
Les nombreuses maternités déforment, fatiguent, affaiblissent, enlaidissent, non le père, mais la mère. Si, au lieu de lui attacher par un petit intérêt son mari, on spolie la femme souffreteuse de la rente qui lui est due pour la donner à l’homme gaillard, est-ce que ce ne sera pas inciter celui-ci à la dépenser, cette rente, avec une accorte voisine, point productrice d’enfants?
On tourne autour de la question de l’indemnisation maternelle, qu’on ne veut pas proposer parce que la femme qui est en droit de la toucher, est une hors la loi.
Il est facile de comprendre que quiconque a la peine doit toucher un salaire et que les femmes ne se déprimeront ni ne s’useront plus, dans le seul but de procurer des rentes à leur mari qui, après la douzaine d’enfants pourrait les planter là.
La femme est la propriété de l’homme (une propriété de rapport) comme l’arbre à fruit est celle du jardinier, puisqu’on reconnaît seulement à celui-ci le droit de tirer profit des fruits humains.
Que l’on tourne et retourne, en tous sens, la question du repeuplement, on ne parviendra à la résoudre que par l’indemnisation maternelle, qui allégera les charges du père et permettra à la mère de conserver en se soignant, des forces de réserve pour de nouvelles maternités.
A la femme aisée ou riche, qui ne serait, ni par une indemnité, ni par une retraite, encouragée à de successives maternités, on pourrait offrir l’appât des récompenses honorifiques.
Nous trouvons puériles les décorations, mais puisque les hommes en raffolent, les femmes peuvent bien, à leur exemple, les convoiter.
Il ne faudrait pas bien entendu, que la décoration attribuée à la maternité, lui soit spéciale: une croix de la maternité serait de suite appelée Croix de Gigogne.