«La révolution vient de s’accomplir pour moi. De pauvre que j’étais, un lot de loterie m’a faite riche; eh bien! je suis obligée d’avouer que j’ai perdu, avec l’habitude d’avoir faim, mes illusions politiques.

«J’avais entendu beaucoup d’orateurs affirmer que la femme sera affranchie aussitôt que la question sociale aura été réalisée, et je m’efforçais de persuader, de cela, mes camarades. Or, après que la question sociale eut été pour moi, résolue, je me suis aperçue que je restais esclave comme avant.

«Le billet de loterie gagnant avait été acheté par moi, avec mon propre argent. Cependant, je ne puis toucher le gros lot, dont j’étais gratifiée, sans le concours de mon mari.

«Si j’avais volé la fortune que j’ai gagnée—j’aurais—sans qu’il soit besoin de l’autorisation de mon mari—été poursuivie en police correctionnelle ou en cour d’assises; mais il me faut le consentement marital pour pouvoir accepter un don, ou encaisser ce que m’a procuré le hasard.»

Les articles 217 et 934 du code, que cette dame signale, donnent aux hommes, la garantie de ne point être frustrés de la jouissance de la fortune qui échoit à leurs épouses.

Les maris, eux, peuvent accepter des donations, toucher les gros lots, sans que leur compagne en soit informée. La personne et l’avoir de la femme sont la chose de l’époux, mais la personne et l’avoir de l’époux ne sont pas la chose de l’épouse.

Les législateurs, tenant leur pouvoir des hommes, règlent tout en faveur des hommes contre les femmes, non représentées au parlement.

Les députés socialistes reconnaissent que le suffrage est l’instrument de l’émancipation politique et économique de l’homme; s’ils ne s’efforcent point de mettre la femme en possession de cet instrument, c’est qu’ils ne veulent point qu’elle s’émancipe.

Quand on établira l’impôt sur le revenu, si les femmes ne votent pas, ce seront ces annulées, en politique, qui paieront pour les agents électoraux et les gros électeurs.

Ce qui vient de se passer à Saint-Genest-Lerpt (Loire) prouve ce que nous avançons: Le Conseil municipal de Saint-Genest-Lerpt, pour témoigner sa reconnaissance à ceux qui l’avaient élu, a, en effet, pris une délibération exemptant de la contribution mobilière comme indigents, 819 contribuables sur 1185 contribuables, que comprend la Commune. De sorte que les 365 personnes qui ne furent pas exemptées d’impôts durent payer pour les autres et leur cote mobilière fut notablement augmentée.