En 1908 M. Briand alors ministre de la justice, ayant adressé aux procureurs généraux une circulaire pour les inviter à faire figurer dans les jurys des citoyens exerçant des professions manuelles: «Le Jury se recrute ainsi, écrivait M. Briand, non sur l’ensemble des citoyens, mais parmi certaines catégories. Il ne réalise donc pas complètement la justice populaire qu’a voulu instituer la révolution».

La vaillante féministe pensa que le garde des sceaux qui réparait une injustice envers les ouvriers voudrait, sans doute, compléter sa réforme en proposant la composition mixte d’un jury composé d’hommes et de femmes. Elle écrivit à M. Briand:

«Monsieur le garde des Sceaux,

«Vous venez d’élargir les bases du Jury: Vous avez remarqué que «le Jury se recrute non sur l’ensemble des citoyens, mais parmi certaines catégories et qu’il ne réalise pas complètement la justice populaire qu’a voulu instituer la révolution».

«Pour ces raisons, vous avez introduit dans le jury l’élément ouvrier qui n’y était pas. Vous en concluez que «les verdicts rendus n’en auront que plus de force et plus d’autorité».

«Ces paroles sont empreintes d’une grande sagesse et l’on ne saurait qu’applaudir à l’esprit d’équité qui vous les dicta.

«Le Jury d’hier était un jury de classe, puisqu’une classe en était bannie; l’ouvrier n’était pas jugé par l’ouvrier. Votre circulaire réalise un progrès politique et moral. Mais c’est un progrès incomplet.

«Le Jury ne sera plus un jury de classe; il restera un jury de sexe.

«Vous qui trouvez nécessaire que l’ouvrier relève aussi de la justice de l’ouvrier: comment ne trouvez-vous pas injuste que la femme ne relève jamais que de la justice de l’homme?

«Nous ne faisons pas plus le procès à l’homme que vous n’avez fait le procès des bourgeois. Nous constatons que la femme se présente devant un jury où la femme n’est point représentée, que l’homme, juge et partie dans sa propre cause, est incapable d’apprécier le mobile qui a dicté certains délits spéciaux aux femmes.