«Il serait favorable à nos finances. Les intéressés ne votant les dépenses qu’après examen.
«Enfin le gouvernement direct assurerait la paix sociale. Lorsque tout serait fait avec leur assentiment, les contribuables et justiciables, n’auraient rien à réclamer. Aucune catégorie d’individus ne pourrait se révolter, si les décisions publiques exprimaient le vouloir du corps social sans distinction de classe ni de sexe.
«Chaque fois qu’en France la population d’une commune ou d’une ville a été appelée aux urnes, à un jour donné, pour décider du transfert de marchés ou d’édifices publics, du déplacement de voies ferrées, d’installations de régiments, d’augmentations de garnisons, de subventions aux théâtres, de cérémonies publiques, ou de la durée du travail, de la quotité du salaire, des grèves, les femmes ont comme les hommes pris part à ce référendum et leurs voix comptées ont valu celles des hommes.
«Or, le référendum, qui fait les femmes égales des hommes devant l’urne, est l’embryon du gouvernement direct.»
Si son esprit précurseur suggérait les idées, il devançait aussi les méthodes. Afin que l’image s’impose à la mémoire par la vision, elle avait fait illustrer les affiches apposées dans tous les quartiers de Paris pendant la période électorale de 1906, où elle résumait les bienfaits que procureraient à la nation et à la commune l’accession des femmes à la vie politique. Le couple humain était représenté se rencontrant devant l’urne pour y déposer chacun son bulletin.
Pendant la grande guerre, la Défense nationale et les œuvres de guerre, se sont servis des mêmes procédés pour leurs demandes au public faites sur des affiches dessinées par des Maîtres.
En 1904, elle suggéra le dessin d’une carte postale esthétique qui représente l’homme et la femme allant de compagnie, déposer dans l’urne le bulletin de vote. Un timbre du même dessin se colle à gauche de la semeuse qui de son geste, paraît semer l’idée du Féminisme.
Cette carte et ce timbre reproduits par les journaux mondiaux furent l’objet d’appréciations flatteuses, ce qui lui faisait dire:
«A mesure que les féministes montent le calvaire, les injures de la rue et de la presse se modifient; maintenant, on leur fait plutôt escorte de sympathie.»
Aux élections du 24 avril 1910, pour mettre en action la revendication du suffrage féminin, des femmes courageuses résolurent de poser leur candidature[8]. Hubertine Auclert fut candidate pour la deuxième circonscription du XIe arrondissement, avec Mme Renée Mortier pour la 3e et Mme Gabrielle Chapuis, pour la première. Leur Programme commun s’exprimait ainsi.