IX. Comparons enfin la Morale de Jésus-Christ, avec celle de Mahomet. L'une nous ordonne de soufrir patiemment les maux, & d'aimer même ceux qui nous les causent: l'autre autorise la vangeance. L'une afermit l'union du Mari & de la Femme, en les obligeant à se suporter mutuellement: l'autre permet le divorce pour quelque raison que ce soit. L'une oblige le Mari à faire pour la Femme ce que la Femme fait pour le Mari, & veut qu'il lui montre par son exemple à ne partager pas son afection: l'autre veut bien qu'il prenne plusieurs Femmes, & qu'il ranime par là sa passion refroidie. La Loi de Jésus-Christ raméne la Religion de l'extérieur à l'intérieur, & la cultive dans le coeur pour lui faire produire des fruits propres à édifier le Prochain: la Loi de Mahomet borne presque tous ses Préceptes & toute son éficace à la Circoncision, & à d'autres choses indiférentes par elles-mêmes. Celle là permet l'usage du vin & de toutes sortes de viandes, pourvu que cet usage soit modéré: celle-ci défend de manger de la chair de porc, & de boire du vin: quoi que dans le fond le vin soit un don de Dieu, utile au corps & à l'esprit, lors qu'on en use avec sobriété. Il est vrai que la Loi de Jésus-Christ a été précédée de certains rudimens grossiers, & dont l'extérieur sembloit avoir quelque chose de puéril: ce qui ne doit pas plus nous surprendre que de voir une ébauche grossiére & imparfaite précéder un ouvrage très-parfait. Mais qu'après la publication de cette Loi excellente, on retourne encore aux ombres & aux figures, c'est en vérité un renversement bien étrange: à moins que l'on n'allégue de bonnes raisons qui prouvent, qu'après une Religion aussi parfaite que la Religion Chrétienne, il étoit de la sagesse de Dieu d'en donner une autre aux hommes.

Réponse à l'objection que les Mahométans tirent de la qualité de Fils de Dieu que nous donnons à Jésus-Christ.

X. Les Mahométans paroissent scandalisez, de ce que nous disons que Dieu a un Fils, puis que Dieu, disent-ils, n'a point de Femme. Mais ils ne prennent pas garde que nous donnons à Jésus-Christ le nom de Fils dans un sens digne de Dieu, & qui n'a rien de charnel. De plus, il ne leur sied guéres de nous faire de pareils reproches, après les choses basses & indignes que leur Prophéte atribue à Dieu. Il dit que les mains de Dieu sont froides, & qu'il le sait parce qu'il les a touchées; que Dieu se fait porter en chaise, & telles autres puérilitez. Lors que nous disons que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, nous n'entendons autre chose que ce que Mahomet dit lui-même, que Jésus-Christ est la Parole de Dieu. Car la Parole est en quelque façon engendrée par l'entendement. Deux autres raisons de ce tître de Fils de Dieu, sont que Nôtre Seigneur est né d'une Vierge par la seule puissance divine, qui lui a servi de Pére, & que par la même puissance, il a été élevé dans le Ciel. Mahomet ne le nie pas. Il doit donc reconnoître que ces glorieux priviléges fondent avec raison le nom de Fils de Dieu. que nous donnons à Jésus-Christ.

Que les Livres des Mahométans sont pleins d'absurditez.

XI. Si nous voulions user de récrimination, raporter ici tout ce qu'il y a de faux, de ridicule, & de contraire à la foi des Histoires dans les Écrits des Mahométans, nous aurions une ample matiére de leur insulter & de les couvrir de confusion. Tel est le Conte qu'ils font d'une certaine femme très-belle, à qui quelques Anges, après s'être enivrez, enseignérent une Chanson, par le moyen de laquelle on monte au Ciel, & l'on en descend: à quoi ils ajoûtent que cette femme s'étant déjà élevée extrémement haut par la vertu de cette Chanson, Dieu, qui s'en aperçut, l'arrêta tout court, & en fit l'Étoile de Venus. Tel est cet autre Conte, que dans l'Arche de Noé le rat naquit de la fiente de l'éléphant, & le chat de l'haleine du Lion. En voici encore quelques autres qui ne valent pas mieux. Ils disent que la mort sera métamorphosée en un bélier, qui aura son siége au milieu de l'espace qui séparera l'Enfer d'avec le Ciel: que dans la vie à venir, ce que l'on mangera se dissipera par les sueurs: qu'à chaque homme seront assignées des troupes de femmes pour assouvir sa passion. En vérité, il faut avoir irrité Dieu, & reçu une grande mesure de l'Esprit d'étourdissement, pour admettre des rêveries aussi grossiéres & aussi sales; sur tout, lors qu'on est environné de toutes parts, de la lumiére de l'Évangile.

Aplication de tout l'Ouvrage, adressée aux Chrétiens.

XII. Cette dispute achevée, il ne me reste plus rien à faire que de m'adresser aux Chrétiens de toutes les Nations & de toutes les Sectes, & de leur montrer en peu de mots quel usage ils doivent faire des choses que nous avons dites jusqu'ici; qui est en général d'embrasser ce qui est bon, & de se détourner de ce qui est mauvais & criminel.

Usage du I. Livre, pour la pratique.

XIII. Que premiérement donc, ils élévent leur mains pures à ce grand Dieu qui a fait de rien toutes les choses visibles & invisibles. Qu'ils croyent avec une parfaite certitude qu'il a soin de nous, puis qu'un passereau même ne tombe pas sans sa permission. Qu'ils craignent moins ceux qui ne peuvent nuire qu'au corps, que celui qui par le droit qu'il a sur le corps & sur l'ame, peut traiter l'un & l'autre avec la derniére sévérité.

Usage du II. Livre.