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AVIS

A CEUX QUI COMBATENT LA
RELIGION CHRÉTIENNE.

uis que c'est pour vous que l'on écrit, il est juste que ce soit à vous qu'on s'adresse. Si l'on n'avoit pour but que de défendre la Religion contre vos doutes & contre vos dificultez, peut-être n'employeroit-on à les repousser, que le même moyen dont un certain homme repoussa les objections contre la possibilité du mouvement. On iroit toûjours son train; on n'exposeroit point ces ataques à la vue des faibles qu'elles scandalisent: Content de n'en pas sentir les coups, on ne songeroit pas à passer en révision les titres sous lesquels la Religion s'est établie dans le monde. Aussi, ne voit-on pas que ces ataques nous fassent beaucoup de mal. Vos succès ne grossissent vôtre parti que des rebuts du nôtre. Ceux qui nous quitent pour vous suivre, vous suivoient déjà du coeur. Certaines semences de révolte qui y étoient cachées, sans qu'ils s'en aperçussent, les avoient déjà perdus. Si vos soins y ajoûtent quelque chose, ce n'est qu'un peu plus de sécurité & beaucoup plus de hardiesse.

Ce n'est donc pas seulement par un intérêt de parti, mais aussi par le dessein de vous tirer d'un état, dont on apréhende pour vous les funestes suites, que l'on tâche de communiquer avec vous, & de vous faire voir la vérité & l'excellence de nôtre Religion. Nous tenons encore à vous par quelque endroit, ne fût-ce que par la qualité d'hommes & de membres d'une même Société. Nous ne pouvons voir sans douleur ce que nous regardons en vous comme le plus déplorable de tous les égaremens, & comme un mal très-dificile à guérir, Les lumières de l'esprit, & je ne sai quelle droiture de coeur, qui devoient être le premier degré de la Religion, deviennent en vous des machines pour la détruire, ou du moins un rempart derriére lequel vous vous tenez en sureté. Ce sont là vos Autels, que vous dressez contre nos Autels: Ce sont là les livrées de vôtre profession.

Nous perdrions donc courage, si la charité ne nous ranimoit. C'est elle qui fait en nous ce que l'horreur de la singularité fait en vous. Vous n'aimez pas à être seuls: nous n'aimons pas à vous voir périr. Lequel de ces deux engagemens au dessein de nous atirer les uns les autres, vous paroît le plus raisonnable? Quelque secret plaisir que vous donne ce degré d'esprit, qui vous élève au dessus de ce que vous apellez superstition & opinions populaires, vous vous faites une peine de n'avoir pas la multitude pour vous. Vous ménagez adroitement le peu de liberté que vous avez, & vous tâchez d'étendre ses bornes, en étendant celles de vôtre Parti. Pardonnez nous, si nous ne donnons point d'autre motif à l'empressement que vous faites paroître pour répandre vos sentimens, que la crainte de vous voir trop seuls: nous ne pouvons y en donner d'autres. La charité & la compassion, raisons ou prétextes ordinaires des Convertisseurs, ne nous paroissent pas être le mobile qui vous remue, & qui vous porte à nous vouloir détromper.

Mais ne fouillons pas dans les secrets de vôtre coeur, j'y consens; égalons-nous pour la bonté des intentions. Il est sûr néanmoins qu'à l'égard de l'état ou nous sommes & vous & nous, & d'où nous tâchons de nous retirer les uns les autres, le mal que vous croyez que nous voulons vous faire, est bien moindre que celui que nous apréhendons de vôtre part. Laissant dans l'indécision la certitude des suplices éternels, n'est-il pas vrai que la crainte vive & certaine que nous en avons, est beaucoup plus sure que la crainte, ou si vous voulez, le soupçon que vous devez avoir, que ce l'on en dit pourroît bien être véritable? L'une nous porte à faire nos éforts pour les éviter; elle diminue à mesure que ces éforts redoublent, & nous fait dire enfin: Je craignois, mais je ne crains plus, & je sai que je ne dois plus craindre. L'autre vous porte à faire de nouveaux éforts pour en éloigner la pensée, ou pour les croire chimériques; mais elle ne diminue jamais assez pour vous faire dire avec une parfaite confiance; Je craignois, mais je ne crains plus, & je sai que je n'ai plus rien à craindre.

Mais à quoi bon, direz-vous, cet éfroi où vous voulez nous jetter? Sont-ce là les armes de vôtre Religion? Est-ce ainsi que la vérité se persuade?