Après cela, n'est-il pas surprenant que les Juifs ayent rejetté Jésus-Christ & ses Apôtres, au lieu de leur rendre graces de se qu'ils les afranchissoient du Fardeau pesant des cérémonies; puis que d'ailleurs les miracles qu'ils leur voyoient faire, & [25]qui ne cédoient en rien à ceux de Moyse, ne leur permettoient pas de douter qu'ils n'eussent l'autorité nécessaire pour les délivrer de ce joug. Ils devoient être d'autant plus portez à recevoir favorablement ces premiers Docteurs de nôtre Religion, que ceux-ci n'exigeoient pas d'eux absolument qu'ils acceptassent cette délivrance, & qu'ils leur laissoient une entiére liberté de vivre comme il leur plairoit, pourvu seulement qu'ils suivissent les saintes Régles de l'Évangile, & que, d'ailleurs, ils ne prétendissent pas astreindre+ à l'observation ces cérémonies, les Étrangers à qui elle n'avoit jamais été ordonnée. Cela seul sufit pour faire voir avec quelle injustice les Juifs rejettérent Jésus-Christ, sous prétexte qu'il abolissoit la Loi cérémonielle.

+Act. XV. Gal. I.

Note 25:[ (retour) ] Qui ne cédoient en rien à ceux de Moyse. Le Rab. Lévi Ben Gerson a dit que les miracles du Messie devoient être plus grands que ceux de Moyse. Et c'est en éfet ce qui est arrivé, comme il paroît par celui de la Résurrection

Act. XVI. 1. 3. Rom. XIV. 1.
3. 5. 15. IV. 10.

Après avoir répondu à cette objection, qui est presque la seule que les Juifs ayent à faire contre les miracles de Jésus-Christ, je viens aux autres Argumens qui sont propres à les convaincre de la vérité du Christianisme.

Que les Juifs conviennent qu'un Messie a été promis.

XIV. Ils demeurent d'acord avec nous, que dans les Oracles des Prophétes, Dieu promet un homme infiniment plus excellent que tous les autres par le ministére de qui Dieu leur a fait quelques graces signalées. Ils apellent cet homme, Messie, nom commun à tous ceux qui ont reçu quelque Onction, mais qui lui convient d'une maniére infiniment plus grande & plus sublime qu'à tous les autres. Nous assurons que cet homme est venu: ils prétendent qu'il doit venir. Voilà le grand procès que nous avons les uns contre les autres. Mais qui prendrons nous pour nos Juges, sinon les Livres qu'eux & nous tenons également pour divins? Consultons-les donc, & voyons s'ils ne décident pas la chose en nôtre faveur.

Que ce Messie est venu. I. Preuve; le tems marqué pour la venue est expiré.

XV. [26]Daniel, à qui le Prophéte Ezéchiel a rendu le témoignage d'une piété éminente, n'a pas eu sans doute dessein de nous tromper. Et l'on ne peut pas dire non plus qu'il ait été trompé par l'Ange Gabriel. Or c'est en qualité de Disciple de cet Ange, qu'il nous dit au Ch. IX. de sa Prophétie, que depuis l'Édit en vertu duquel les Juifs rebâtiroient Jérusalem, [27]il s'écouleroit moins de 500 ans, avant que le Messie parût. Depuis cet Édit jusqu'à nôtre siécle plus de 2000 ans se sont passez. Cependant le Messie que les Juifs atendent n'est pas encore venu: & ils ne peuvent nommer personne qui soit venu en cette qualité dans le tems marqué par Daniel. D'ailleurs, Jésus-Christ est venu si précisément dans ce terme, que Néhumias, Docteur Juif, qui vivoit 50 ans avant lui, disoit, qu'avant que 50 ans se fussent écoulez, on verroit l'acomplissement de cet Oracle.

Note 26:[ (retour) ] Daniel, à qui le Prophéte Ezéchiel &c. Ezéch. XIV. 14. XXXVIII. 3. Joséphe liv. X sur la fin; «Je ne trouve rien de plus admirable en ce grand Prophéte, que ce bonheur tout particulier & presque incroyable qu'il a eu au dessus de tous les autres, d'avoir durant sa vie été honoré des Rois & des Peuples, & d'avoir laissé après sa mort une mémoire immortelle. Car les Livres qu'il a écrits, & qu'on nous lit encore maintenant, font connoître que Dieu même lui a parlé.»