Peut-être bien qu’en comparant nos convictions et nos actes d’hommes civilisés on trouverait par-ci par-là des disparates non moins plaisantes. Du moins, y a-t-il un fonds de sentiments très simples, tout à fait primitifs, qui sont en tout pays le sol de la nature humaine. C’est, par exemple, la tendresse pour les enfants.

Je causais de ce sujet-là, l’autre matin, avec Taïeb. Il m’a dit :

— J’ai failli ne pas vous servir de guide, car ma femme a mis au monde un garçon la veille de notre départ.

— Comment l’as-tu appelé ?

— Mohammed.

— C’est ton premier enfant ?

— J’avais déjà deux filles, mais ça ne compte pas.

Et là-dessus, il laisse éclater sa joie. Son fils sera spahi ; lui-même lui apprendra à monter à cheval.

Soudain il s’interrompt et déclare :

— En France, il y a beaucoup d’hommes qui ne sont pas mariés. C’est mal. Car, enfin, ceux qui ne sont pas mariés pensent comme les autres ? Alors, pourquoi ?