«—La vue de cet homme me fait mal, me dit alors Irène. Elle était toute pâle et j'entendais battre son cœur.

«—Sois tranquille, ma chérie, nous le retrouverons et nous le ferons mettre dans un endroit d'où il ne sortira plus pour t'ennuyer.

«Ce jour-là j'étais invité à l'Elysée et, comme j'avais à faire auparavant quelques visites officielles, je me mis de bonne heure en uniforme: je ne devais rentrer que fort tard à la maison. Par hasard je n'avais pris qu'une paire de gants; il m'en fallait d'autres pour me présenter devant le prince. Je rentrai chez moi. Ah! quelle surprise m'y attendait!

«Dans mon lit j'aperçus Irène à demi déshabillée et toute découverte auprès d'un homme dont elle ne laissait voir, dans sa posture, que les jambes et les bras, mais au juron que je proférai, l'homme se souleva du lit et me montra la figure effarée de mon aide de camp. Avec quelle colère je me jetai sur le couple! Je saisis le ceinturon de mon amoureux pour les cingler, et je les frappai à tour de bras. La tête dans l'oreiller, Irène hurlait comme une chienne. Quant à son complice, il se sauva en chemise dans la rue; je lui lançai par la fenêtre son sabre, son shako, ses bottes, sa culotte. Il dut se rhabiller dans une allée. Je revins à Irène; après lui avoir donné des coups de cravache par le visage et lui avoir botté le derrière de la bonne façon, je la fis dégringoler mon escalier et je la jetai à la porte avec une jupe et une blouse sur les bras. J'étais comme affolé de ce qui venait de m'arriver; j'étais si sot, si naïf que j'avais fini par avoir confiance dans cette fille; j'avais beau être jaloux, je ne m'imaginais pas qu'elle pût me tromper.

«Je regrettai bientôt d'avoir traité si durement Charlot. Je retrouvai l'un de mes billets de mille francs dans un coffret d'Irène, et, dans son buvard, le brouillon de la fausse lettre qu'elle lui avait envoyée pour lui annoncer la mort de son père et le tenir éloigné de la maison au moment où elle l'accuserait de m'avoir volé. Ainsi elle avait inventé toute cette mise en scène de l'évanouissement pour m'émouvoir! Tant d'astuce me paraissait inconcevable; j'étais surtout désespéré qu'elle m'eût trompé avec un officier, avec un des miens. Une pareille trahison m'était doublement douloureuse.

«—Ah! me disais-je, pourquoi n'ai-je pas laissé cette créature aux mains de mes soldats, le 3 décembre! Quand ils lui auraient déchiré son derrière de voleuse, quand ils l'auraient violée, ne valait-il pas mieux qu'elle subît tous les outrages et qu'elle ne vînt pas déshonorer mon uniforme, en me donnant des façons de niais et d'amoureux transi.

«Pourquoi n'ai-je pas été cruel! Pourquoi me suis-je laissé attendrir?


«—Mais, fit Herbillon après une pause et en essuyant une larme, c'est assez de regrets.

Et se tournant vers Haynau: