—Très populaire, répétait Tallien en secouant la tête, très populaire et à ménager!

—Et qu'importe qu'il soit populaire! s'écria Thérésia.

Puis changeant de ton et se pendant au cou de son amant, l'étreignant avec force:

—Voyons, m'aimes-tu, Tallien? Vas-tu souffrir qu'on insulte ta Thérésia? Vas-tu hésiter à châtier un monstre! De quoi as-tu peur? N'es-tu pas le maître ici? D'ailleurs, il est suspect, ce bandit. Ah! si tu ne prends pas mieux ma défense, tu verras ce qui arrivera. Ils me traiteront comme Théroigne, ils me battront, ils me fouleront aux pieds, ils m'égorgeront peut-être, les infâmes!

—Sois donc tranquille! sois donc tranquille!

—Non! je ne serai pas tranquille tant que tu ne m'auras pas vengée!


Le lendemain de cette scène, Jumilhac, le premier commis de Dubousquens, fut averti du danger que courait son patron par une chanteuse du théâtre, amie de Thérésia. Dubousquens était alors à son hôtel de la Porte du Palais, dont l'accès était interdit à tout le monde. Mais Jumilhac, sous le coup d'une si pressante menace, ne crut point devoir respecter la défense, et, sans retard, il s'en fut le trouver.

A l'heure qu'il arriva, la rue était déserte. Sous le ciel clair, l'hôtel et les jardins formaient une nuit impénétrable. Mais comme il levait le marteau pour frapper, il surprit un mince filet de lumière aux fenêtres du premier étage et, au même instant, un cri atroce, un rugissement prolongé qui remplit la rue. Malgré l'émotion qu'il éprouvait, Jumilhac heurta violemment à la porte. La curiosité, et aussi le désir d'être utile à Dubousquens, dominaient son inquiétude. On ne parut pas l'avoir entendu. Des cris étouffés, puis perçants, retentirent encore; enfin, comme il s'obstinait à frapper, une fenêtre s'ouvrit, un homme parut, demanda:

—Qui est là?