Cependant Antoinette ne cédait pas, mais luttait avec fureur, lui mordait le visage et le battait de ses pieds.

—Venez donc me la tenir, brutes! cria Montouroy aux nègres.

Ils ne pouvaient guère lui obéir. Ils étaient en train de jouer du couteau avec de nouveaux arrivants. En effet, Dodue-Fleurie, apprenant par ses espions les projets de Montouroy, avait réuni tous ses esclaves et était partie avec eux pour les Ingas; elle entra derrière Montouroy. Elle était elle-même dans le couloir avec ses gens, un poignard à la main; elle essayait de forcer le passage, avide de retrouver son amant, de le surprendre, de le frapper peut-être.

Au bruit de la lutte, Montouroy avait lâché Antoinette, il s'était élancé au milieu des combattants et, atteignant Dodue-Fleurie, il essaya de lui enlever le poignard qu'elle levait sur lui en lui criant les plus abominables injures.

Antoinette, se voyant seule, se hâta de fuir; et déjà, elle enjambait la fenêtre, lorsque Zinga survint. Du poteau où la négresse était attachée, elle avait entendu le tumulte et les cris des nègres. Elle s'imagina que c'était Dubousquens qui arrivait avec une escorte pour enlever Antoinette. Zozo prétend qu'il a vu Samuel Goring la détacher; Troussot soutient au contraire que la rage que la négresse avait conçue pour ma malheureuse enfant lui prêta une force extraordinaire et qu'elle parvint à briser ses liens. En une minute elle fut devant la maison; elle aperçut à la fenêtre la fugitive qui lui tournait le dos, les pieds en l'air, prête à sauter. Elle la saisit brusquement par les jambes. Antoinette poussa un cri, lâcha prise, tomba. Zinga se rua sur elle et plusieurs fois lui frappa la tête contre la muraille. Des nègres de la plantation aperçurent cette misérable s'acharnant contre mon enfant. Comme c'était une blanche, ils ne se soucièrent point de venir à son secours et restèrent paisibles spectateurs de cet assassinat. Antoinette ne se défendait pas, mais de toutes ses forces elle appelait:

—A moi, Pierre! Pierre! à moi.

Les appels bientôt furent indistincts; Zinga l'avait saisie à la gorge; on n'entendit plus que des cris rauques, puis un râle horrible qui annonça la fin de cet égorgement. Zinga grisée de haine, n'abandonna point sa victime, mais ne cessait de lui piétiner le corps.

—Pourriture de fillasse! criait-elle, m'as fait torturer, m'as volé mon amour, crève donc, chienne, crève donc, catin, que ton corps pourrisse sous la pluie, et que la chaleur en fasse une infection!

Et après ces outrages affreux, comme si rien ne pouvait apaiser sa rage, dans le sol détrempé elle roulait mon Antoinette. Elle put savourer tranquillement sa vengeance. Personne ne vint troubler son infâme plaisir. Zozo et Troussot, quand on les eut délivrés, retrouvèrent le corps tout sanglant et couvert de boue. Les membres adorables avaient laissé dans la terre leur empreinte.

Zinga, quand elle se fut repue à souhait de cette mort, disparut.