Il venait aussitôt de me rappeler, sans qu'il s'en doutât, l'opprobre de mon existence, en me parlant de cette jeune fille qu'un crime a conduite chez moi et à laquelle j'ai pris tout son luxe, tout son bien-être, toute sa liberté!...

Ah! qu'ai-je écrit? Moi, qui passe pour la plus pieuse, la plus charitable des femmes! Tant pis, j'avais besoin de me confesser. Et puis personne ne verra ce cahier, que moi—et Dieu.

—Si, mon ami, ai-je répondu, si, je me souviens bien, mais pour parler de vous à Antoinette, il fallait trouver une occasion. Vous savez que les jeunes filles sont capricieuses. Il suffit que je vous présente pour qu'elle ne vous trouve pas de son goût. Venez souvent à la maison, faites-lui votre cour. Je vous y autorise. Et vous verrez ce qu'elle pense de vous. Je vous promets de faire tout pour la décider à une union que je souhaite de mon côté très vivement, je vous assure. Mais je ne me crois pas le droit de la lui imposer.

—Merci, Rose. Seulement si elle songe à moi, sachez lui faire un bel éloge de votre serviteur.

—Je n'y manquerai pas. A présent sauvez-vous, mon cher Jacques. Si quelque esclave vous apercevait, dès demain on dirait dans toute la ville... vous savez quoi!

—Personne ne m'a vu ni ne me verra. Je sais marcher discrètement. A propos, vous avez toujours cette Zinga?

—Mais oui!

—Cette horrible négresse?

—Pourquoi horrible? elle est plutôt jolie, cette enfant.

—Je n'aime pas ses yeux. J'y lis la haine, la cruauté, le goût du mal, et puis...