—Eh bien, tu entends: s'il reparaît ici, tu m'avertiras. Je veux apprendre à vivre à cet insolent. Et puis, écoute encore: M. de Montouroy reviendra demain, eh bien, tu ne le recevras pas.

Mouché Montouroy! s'écria Zinga en feignant une profonde surprise.

—Oui, M. de Montouroy. Il venait beaucoup trop de monde ici, j'y mets ordre. Allons, Zinga, retirez-vous à présent.

Mais avec un empressement exagéré et comme une exubérance d'affection, Zinga s'est encore agenouillée devant mon lit et m'a couvert les mains de baisers. Puis, dénouant tout un côté de sa candale[1], elle m'a montré des pièces d'or.

Es zot-oulé vandé mo to lang. (Voudrais-tu me vendre ta langue?)

Je ne pus me retenir de rire; alors Zinga, vivement choquée de ma gaîté, m'exposa très gravement son projet.

Savé li, savé cri ké to! (Je veux savoir lire, savoir écrire comme toi!)

—Demain, lui dis-je en plaisantant, demain nous penserons à t'acheter une langue.

Elle a noué de nouveau ses louis dans sa candale et est partie toute joyeuse, pleine de confiance, non sans m'avoir de nouveau baisé les mains.

Savoir lire, savoir écrire, est-ce bien utile pour une esclave? Et pourquoi Zinga a-t-elle si grande envie de s'instruire? Est-ce pour m'adresser cette demande qu'elle est entrée chez moi? Est-ce pour m'avertir de cette visite, lorsque tout le jour elle me l'a laissée ignorer? Plus je songe à cette fille, plus je suis inquiète.