—Je me suis confiée à vous, ma chère, dit Mme de Létang, j'espère que vous ne tromperez pas ma bonne foi.

Je ne remarquai point aussitôt l'impertinence de ces paroles prononcées d'une voix toute nouvelle pour moi. Je répliquai sur un ton de tendre prière:

—Mon amie, défendez-moi auprès du gouverneur, je vous en aurai une obligation éternelle.

J'ajoutai, comme si vraiment j'étais obligée de lui faire cet aveu:

—Vous ne savez pas combien j'ai besoin de votre aide!

Elle me considéra avec étonnement, sourit, et prit une allure dégagée qui ne lui était pas ordinaire.

—Il faut appeler Agathe, dit-elle, car il est grand temps de retourner au Cap. Je me suis bien attardée chez vous, chère madame.

Ces mots «chère madame» semblaient effacer tout ce qui s'était passé entre nous. Agathe arriva en sueur, et la robe un peu salie; elle avait dû s'asseoir par terre.

—Oh! que je vous gronde, dit Mme de Létang, se met-on dans des états pareils quand on est en visite!

Nous brusquâmes les adieux qui furent cérémonieux, et je les fis accompagner par des lanterniers jusqu'au Cap, car la nuit était fort sombre. A leur départ je restai quelque temps seule dans la galerie, étendue sur un sofa, gênée, amusée, troublée par le souvenir de Mme de Létang dont l'image la plus intime me poursuivait avec insistance.