—Le révérend, vous le savez, ajouta Mme de Létang, ne nous gâte point de confitures. Mais j'aime cette sévérité, moi! Ça m'aiguillonne.

—Je ne parle pas pour faire plaisir, mais pour enseigner la vérité.

—Cette fois pourtant, observa l'abbé, j'ai peur que vous ne vous abusiez. J'ai entendu parler aussi, moi, du décret prochain de l'Assemblée nationale, ce ne sera sans doute pas celui que vous attendez. On a l'intention, paraît-il, de laisser aux colons de couleur qui sont libres, les droits de citoyens actifs, mais sous la réserve que les assemblées particulières des colonies fixeront elles-mêmes les conditions d'éligibilité. Or...

—Or, comme ces assemblées sont composées d'aristocrates...

—De blancs!...

—Vous espérez que jamais elles n'accorderont les droits demandés?

—J'en ai peur.

—Alors nous nous passerons des assemblées coloniales. Il nous suffira que la nation se soit prononcée pour nous.

—Mais les assemblées coloniales sont aussi la nation!

—Non, elles n'en représentent que la pourriture! Mais en vain s'opposent-elles aux revendications sacrées d'un peuple malheureux. J'irai, dans chaque plantation, dans chaque case, s'il le faut, dire à tous les esclaves, aux vieillards vénérables comme aux enfants innocents, que la nation désire leur liberté.