—Ne fais pas le fourbe, pourquoi es-tu entré dans la chambre de la demoiselle?
—Je t'avais vue à une fenêtre. J'ai essayé de trouver la chambre où était cette fenêtre. J'ai réussi par hasard. Comment aurais-je pu savoir où était la chambre de Mlle Antoinette!
—Tu mens, vois-tu! Je sais bien que tu mens! L'autre jour, comme tu dormais près de moi, tu as parlé d'elle; oui, tu as prononcé son nom, et tu as parlé aussi de l'enlever. C'est sûr! Ah! ami, ami blanc, moi qui t'aime, comme c'est mal ce que tu m'as fait!
—Tu ne sais pas ce que tu dis.
—Oh! si. Et encore tout à l'heure, tu as parlé de Mme Gourgueil. Tu voulais la connaître?
—Et qu'importe, bon Dieu! Je puis désirer connaître une dame de mon pays. Je puis prendre plaisir à causer avec elle!
—Moi, je ne cause pas bien, n'est-ce pas? Tu ne me comprends pas toujours?
—Mais si, ma petite Zinga, tu causes bien.
—Non, je ne sais pas le français, mais je vais l'apprendre, et plus tard je saurai parler comme toi, tu verras. Alors, tu ne connaîtras plus que moi. Tu m'aimeras seule. Est-ce qu'il y a des femmes au Cap, dans l'île, dans ton pays de Bordeaux, qui sont plus belles que moi? Je suis noire, c'est vrai, mais tu te souviens de la chanson: «Il y a longtemps, longtemps, tout le monde était noir.» Je suis d'une meilleure race que tes faces à la crême. Vois donc si les blanches ont des nênets comme ceux-ci!
Elle ouvrait sa chemise et montrait ses seins, larges et rigides, puis, comme il avançait les lèvres, elle évita son baiser en riant. Elle n'avait plus envie de partir. Vite elle laissa couler candale et jupe; vite la toile fine dont elle était enveloppée se roula, se froissa autour de ses épaules et de ses hanches, tomba à ses pieds, et elle apparut comme une idole de bronze. Un instant elle jouit de l'admiration de Dubousquens qui devant cette superbe nudité avait abandonné ses airs d'orgueil et d'insouciance, et l'attirait, la bouche avide, les yeux brillants; mais bientôt l'idole s'anima; le corps s'échappait, se lançait en des jeux sveltes et gracieux. Dubousquens tendait les mains, ou les fermait sur le vide, il ne pouvait la saisir; Zinga courait par la chambre, se glissait derrière les meubles, les jetait au-devant de lui avec des rires gutturaux pareils au cancannage des jeunes aras. Et ses bonds, ses détours, ses glissades, semblaient n'être qu'une malice voluptueuse pour projeter, faire saillir davantage les magnificences du sexe, que la gracilité de son buste rendait plus apparentes: cette croupe vaste qui se tendait menaçante et narquoise, ces seins énormes qui semblaient écraser la poitrine. Enfin il l'étreignit, mais comme pour assurer sa défaite. Il l'avait prise à bras le corps sur le canapé, et elle semblait lutter avec lui, le fouler sous son ventre en rut, dans l'effort et sous la saccade de ses fesses majestueuses.