REVERS DE MÉMOIRE
Cette femme au coeur chauve
cultive des nuits dans son jardin
elle verse ses yeux sur les jeunes pousses
et change de lune à toutes les secondes
pour remettre le temps à sa place
elle flatte le ventre des anges
pour cueillir des sourires
et souffle sur les heures
en creusant des trous
dans la mémoire du monde alentour
elle est décomposée
lamentable
au bout de ses bras
COMME SI C'ÉTAIT VRAI
Arrachée aux brûlures de l'hiver
une phrase vient s'abriter
dans les brouillards du coeur
sans déranger
elle organise des tristesses
dans le jardin des autres
vous promet des prétextes beaux comme le soir
vous écorche les soucis
vous rappelle que les rues sont endiablées
quand on s'aventure dans le présent
vous conseille de ne pas signer votre nom
au bas des feuilles mortes
vous enjoint de défaire vos valises
et de ranger vos passions dans les tiroirs
de passer par les ruelles pour décorer la misère
de prendre tous les soirs une douche de félicité
avant d'envahir le désir à froid
d'éviter les morsures de serpents
lors de votre délire amoureux
d'utiliser votre nez et vos oreilles
pour détecter l'intelligence
vous recommande de réciter n'importe quoi
pourvu que ça dure
ENTRE NOUS
C'est entre vous et moi que ça se passe
entre nos apparences
qui ont l'air de dire que nous ne sommes pas là
corps défaits par l'haleine chaude de la nuit
et les jeux bêtes
dormeurs éveillés par un baiser de cheval
le hasard prend forme
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Les jeunes lampes
sont des fontaines domptéees
par les yeux qui passent
UN CRÉDO UNE CRÉCELLE
Faut-il croire que la terre a des envies de poésie
des fuites de langage
des couleurs violacées
qui tapent sur le crâne des villes
un petit frisson au coeur d'une orange
et la lune à n'en plus finir
faut-il croire que l'hiver peut incendier l'amour
sur une chair de poule
durant une sieste longue comme le jour
faut-il croire que le nombril est un trou
inventé par la vie
où prolifèrent les pensées du jour
et les bleus en fleurs
visions sorties tout droit de nos croyances
RAILS
Avez-vous vu le grand train bleu
passer sur l'onde
une fumée électrique entre les jambes
des passagers clandestins
leurs visages découpés
dans une feuille de papier
regards d'acier aussitôt essuyés
par les vagues abouties
c'était à cause du rêve
ou peut-être de la mer
enroulée entre nos yeux