«—Mais il me trouvait charmante, et il osait me le dire, et j'osais lui répondre qu'il était fort poli.

«—Adieu, je vous quitte, mais il pourrait arriver que vous me vissiez encore ce soir.

«—Je vous préviens que vous resterez à la porte, à moins que vous ne soyez accompagné d'une de ces aimables formules: De par la loi. J'ai mal à la tête, et si mauvaise que vous la jugiez, je veux la soigner; car vous m'avez fatigué l'esprit, et j'ai besoin de sommeil.»

Il partit, et mon domestique entendit qu'il donnait l'ordre de le conduire chez le ministre de la police. Je m'endormis fort tard et avec peine, le cœur tout bouleversé de cette pénible soirée. Lorsque je m'éveillai, on m'annonça que Regnaud s'était déjà présenté deux fois pour voir si j'étais levée. On me parlait de lui quand il entra.

«Je viens vous chercher. Le ministre de la police prend les choses au sérieux. Venez tout lui dire. C'est le plus court pour vous, et même le plus sûr pour Hervas.»

Je m'enveloppai d'un schall et d'un voile, et je me décidai sans proférer une parole. La cour de l'hôtel était remplie de gendarmes. Regnaud me donna la main. Je ne saurais dire tout ce que j'éprouvais, mais cela tenait de l'épouvante, car le ministre me parlait déjà que je ne l'entendais pas encore. J'étais si émue, que je restais debout, malgré l'invitation fort polie qu'on m'avait faite de prendre place, et qu'on fut contraint de me renouveler.

«C'est une affaire fort étrange, me dit Fouché, que celle dont M. Regnaud m'a fait part; voudriez-vous, madame, m'en déduire les plus minutieuses circonstances? Ne craignez rien.»

Je vis de suite qu'on cherchait une accusation, et qu'on n'épargnait rien pour la trouver, et pour me faire dire que c'était positivement à moi qu'Hervas avait confié son projet.

«—Ce projet est une fable, une atroce calomnie. Je vois Hervas depuis six mois. Jamais le nom du premier consul n'a été sur ses lèvres. Il ne s'en occupe pas plus que moi.

«—Vous connaissez le consul depuis votre liaison avec Moreau?