«—Mais il n'y a pas plus d'instigateur que de crime!

«—Votre cœur s'exalte par le danger. Vous n'auriez pas tant de chaleur s'il était innocent. Encore une fois, que votre esprit vous serve du moins à vous sauver de la duperie de l'héroïsme.

«Il est prouvé qu'Hervas a tenu le propos: il faut choisir entre une récompense sûre et une punition inévitable et terrible.

«Vous faites, monsieur, à la délation des voies bien larges; mais vos récompenses sont des opprobres. Il y a des choses toutes simples que ne veut jamais croire la finesse des politiques; elles leur éviteraient pourtant des frais et des fautes. Je vous répète qu'il est impossible qu'Hervas ait voulu jouer une brillante fortune contre un dangereux complot. Si l'idée eût pu lui en venir, il m'eût plutôt choisie pour confidente, moi, pour qui vous supposez qu'il éprouve une prédilection si marquée, qu'une femme sans esprit, sans considération, avec laquelle il n'a pu avoir qu'un de ces courts rapports de plaisir dont un homme délicat rougit bientôt. Ce n'est point à de pareilles femmes que l'on confie sa vie et son honneur.

«—Votre défense choquante m'éclaire: je vois que vous aimez Hervas: au nom de cet attachement, avouez tout; ma propre indulgence est à ce prix.

«—Votre protection, votre indulgence, je les repousse; je respecte le gouvernement, mais je ne le crains ni ne l'implore. Je suis innocente, Hervas est innocent; je suis en votre pouvoir, faites de moi ce que vous voudrez.

«—Nous allons vous garder jusqu'à plus ample informé.

«—Appelleriez-vous cela de la justice?

«—Si ce n'est justice, c'est prudence; et les gouvernemens n'en sauraient trop avoir.»

Ici un jeune homme entra, et remit un papier au ministre au sombre visage. «Je suis fâché, dit-il, d'user de rigueur envers vous; mais madame Arthur vous accuse; elle déclare ne s'être adressée à vous que par la confiance que lui inspirait votre amitié avec une personne dévouée comme Regnaud au consul.