On me demanda ensuite de me charger de parler à Cambacérès, pour l'intéresser à une souscription en faveur des officiers qui étaient arrêtés dans leur départ pour l'Amérique, par une soustraction affreuse que venait de leur faire un individu en qui ils avaient un peu trop légèrement placé leur confiance. Je vis ces trois messieurs le lendemain, et l'espoir de pouvoir être utile me rendit toute l'activité qu'une terrible catastrophe avait semblé anéantir chez moi. Le soir même je déposai deux lignes à la belle maison qu'occupait l'ex-archichancelier de l'empire, et le lendemain matin, sous mon modeste vêtement de deuil, je me fis annoncer chez lui. Un valet de chambre, vêtu comme un quaker hollandais, me répondit que le prince était à la messe et ne reviendrait de l'église que vers une heure (il en était huit et demie). Je crus un moment à la folie de cet homme ou à une de ces mystifications que les valets de l'opulence se permettent comme passe-temps. «Je demande, lui répétai-je, le prince archichancelier; comprenez-vous?
«—Oui, Madame, à merveille; et j'ai l'honneur de vous répéter que le prince est à l'église.
«—Il y a donc aujourd'hui quelque grande cérémonie?
«—Non, la messe tout bonnement, comme tous les jours.
«—Et le prince va à la messe?
«—Il n'y manque jamais, Madame.
«—Et il reste à l'église de huit jusqu'à une heure?
«—Mais il y retourne souvent pour entendre les vêpres.
«—À quelle église?
«—À Saint-Gudule.»