Sa phrase jeta un froid glacial.

Mais Makarow bondit.

— Personne ne vous soupçonne ! vous avez été le plus brave et le plus actif d’entre nous. Qui oserait vous faire une semblable injure ?

Dawidow ne put se contenir.

— Oui, vous avez été le plus méritant d’entre nous tous. Mais, maintenant, vous menez un genre de vie mystérieux. Vous ne venez presque plus aux réunions, vous ne vous occupez plus de rien. De plus, vous disparaissez pendant des semaines. On a beau aller chez vous pour les affaires les plus urgentes, vous n’y êtes jamais, ou vous feignez de ne pas y être. Avouez que tout cela peut sembler bien étrange.

Orschanow eut une brusque révolte de son orgueil, comme jadis à l’école.

— De quel droit prétendez-vous contrôler ma vie privée ? Vous vous dites libertaires, et vous voulez exercer la pire des tyrannies, espionner et juger la vie privée des hommes ! Je vous récuse ce droit, entendez-vous ?

Émilie Himmelschein se rapprocha.

— Orschanow, cher, ne vous fâchez pas, Dawidow, vous le savez bien, ne sait pas parler calmement. Nous vous demandons simplement la cause de l’abandon où vous laissez les affaires du groupe.

Peut-être Dmitri se fut-il calmé, mais Garnicha intervint de nouveau.