Dans cet assombrissement des choses, le village sans un arbre, sans une tache de verdure, était d’une laideur sinistre de lieu de détention. Je quittai Beni Ounif noyé d’eau noire, changé, presque effrayant.

Lentement, comme à regret, le train remonta les plaines embrumées et le chaos de roches noires de Hadjerath-M’guil et de Mograr.

Et moi, triste à pleurer, je me roulai dans mon burnous marocain et je me couchai, fermant les yeux, pour ne rien voir, pour essayer de n’emporter de là-bas qu’une vision ensoleillée.


Aïn-Sefra, par un grand clair de lune glacial. Les hautes montagnes se dressaient, couvertes de neige jusqu’en bas. Elles prenaient des mollesses, des rondeurs de lignes laineuses, dans la lueur glauque de la nuit.

Et comme des vagues monstrueuses, les grandes dunes fauves montaient à l’assaut de la montagne, figées dans leur colère éternelle.

C’était une étrange vision, ces dunes désertiques que j’avais vues au commencement de l’automne, flamboyantes sous le soleil, et qui, maintenant, se profilaient sur les montagnes toutes blanches, très septentrionales…

Aïn-Sefra, avec ses jardins aux arbres dénudés et les grêles squelettes de ses jeunes peupliers, sommeillait frileusement dans la nuit calme.

… Aujourd’hui, tout sombre dans la pluie noire, dans l’épouvantement d’un pays connu et brutalement changé, tout à coup plongé dans les ténèbres. Sous les violentes rafales du vent, le train part.

Et moi, subitement, je sens toute l’amertume des brusques départs, la destruction des petites choses éphémères. Après le charme et la griserie de la vie errante, les regrets, les déchirements. Là encore, comme en tant d’autres coins de la terre musulmane africaine, je laisse un peu de moi-même… j’emporte des regrets vivaces et une longue nostalgie.