Il a sanglé sa gandoura d’une cartouchière en filali rouge,

Il a jeté un fusil sur son épaule…

Et il est parti sur la frontière, au pays de la poudre…

Étourneau bleu, dis à mon amie

Que son amant lui dit adieu,

Et la prie de coudre son linceul,

Car il mourra seul au loin…

Les chacals mangeront sa chair et lécheront ses os…

Et les mokhazni chantent leur complainte désolée, sans tristesse et sans appréhension… Pourtant l’improvisateur naïf dit peut-être vrai, et parmi eux il y en aura qui dormiront leur dernier sommeil dans le bled désert… Mais n’y a-t-il pas le « mektoub ? » et à quoi bon s’inquiéter de ce qui est écrit ?…

Je rentre chez l’agha. Dans la grande salle blanche, des hommes bronzés, en burnous noirs, devisent gaiement. Dans le coin, près de la cheminée où brûlent les bûches tordues et dures du désert, des fusils sont appuyés contre le mur, des cartouchières sont pendues.