J’eus cependant là-bas des heures charmantes… Certains noms des ce pays évoquent en moi d’innombrables souvenirs.

Au sortir de Moknine, séparée des oliveraies par des haie de hendi (figuiers de Barbarie), la route s’en va poudreuse et droite, et les oliviers semblent l’accompagner indéfiniment, onduleux comme des vagues, et argentés à leur sommet, comme elles.

… Une petite mosquée fruste, d’un jaune terreux, rappelant les constructions en toub du Sud, quelques maisons de la même teinte d’ocre, quelques décombres, quelques tombeaux disséminés au hasard : c’est le premier hameau d’Amira, Sid’Enn’eidja.

Devant la mosquée, une petite cour envahie d’herbes folles et au fond, une sorte de réduit voûté, à côté duquel un figuier étale ses larges feuilles veloutées. Et là se trouve le puits, profond et glacé.

Sur une natte, nous nous installons. Si Larbi, pour aller plus vite, me prie de l’aider : je ferai fonction de greffier.

Les spahis et les deïra introduisent le cheikh, grand vieillard à profil d’aigle, aux yeux fauves, et tous les anciens de la tribu, accompagnés de leurs fils grands et maigres sous leurs sefséri en loques. Quel étrange ramassis de visages brûlés par le soleil et le vent, de têtes énergiques jusqu’à la sauvagerie, au regard sombre et fermé !

Le cheikh fournit de longues explications embrouillées sur un ton pleurard. A chaque instant, autour de lui, des cris éclatent, formidables, avec la véhémence soudaine de cette race violente, qui passe du silence et du rêve au tumulte. Tous affirment leur misère.

Je les appelle, un à un, d’après une liste.

— Mohammed ben Mohammed ben Dou’!