— Entre lui et moi, le Prophète de Dieu est témoin !

Désormais, comme en rêve, contre tout bon sens, contre toute évidence, il répète sa phrase, sa pauvre phrase de dénégation enfantine, apeurée à la fois et obstinée.

Il a commis son crime sur le sommet nu de la colline ; une cinquantaine de personnes l’ont vu. Avec son frère il s’est enfui et caché dans le ravin. Ses déclarations contredisent celles de son frère, interrogé en son absence… Qu’importe ! A toutes les objurgations, à toutes les menaces, à toutes les prières, il répond, d’une voix atone, les yeux obstinément fixés à terre :

— Entre lui et moi, le Prophète de Dieu est témoin !


Pendant trois jours nous restons aux Hadjedj. Trois jours de discussions, de cris, de menaces, d’alertes continuelles… Enfin, quand l’ordre et la paix semblent rétablis, nous reprenons le chemin de Moknine, la capitale d’Amira.

Le beau temps est revenu. Il fait presque chaud, et une mince herbe drue sort partout de l’argile rouge fécondée par les pluies.

C’est encore le matin, l’heure limpide où la campagne s’étale, tout azurée, sous le ciel rose infiniment pur et pâle, comme agrandi.

Notre petite caravane s’avance lentement, malgré les ardeurs des chevaux joyeux ; nous traînons avec nous, une troupe silencieuse et morne de vingt-cinq ou trente prisonniers, arrêtés par-ci par-là, dans les tribus. Résignés, sans un geste ni un mot de révolte, ils marchent, enchaînés deux à deux par le poignet et la cheville. Ils semblent indifférents.

Aly, le seul assassin, a les bras liés derrière le dos, les pieds entravés, et marche séparément entre les chevaux des spahis. Il garde son attitude impénétrable et, quand les Bédouins de sa tribu parviennent à lui lancer, de loin, quelques paroles d’adieu, il répond d’une voix ferme, comme si c’était vrai :