— C’est moi…, murmura-t-il.
Le gendarme s’approcha et lui passa les menottes. Alors, comme Mohammed, les yeux grands ouverts, se taisait, Mahdjoub s’avança tremblant.
— Si Ali, dit-il au garde champêtre, pourquoi arrête-t-on mon frère ?
— Il était absent cette nuit ?
— Oui…
— Eh bien, il est allé à Timezratine, et il a volé un fusil chez M. Gonzales, le colon. Comme le colon l’a surpris, ton frère lui a tiré dessus. M. Gonzales est blessé, et on l’a porté à l’hôpital. Il a reconnu ton frère.
Et on emmena Benalia, tandis que les femmes se lamentaient comme sur le cadavre d’un mort.
Mohammed ne proféra pas une parole.
Mahdjoub, après un instant, ramassa le bidon et reprit la longe des chevaux, qu’il mena à l’abreuvoir.
De caractère morose et dur, âpre au gain, sans jamais un mot affectueux pour les siens, Mahdjoub avait au fond l’amour du foyer et de la famille, un amour jaloux de ceux de son sang, et le malheur de son frère l’accablait. Il n’éprouvait pas de honte, le brigandage étant considéré comme un acte de courage, illicite, certes, mais point honteux. Il souffrait seulement de la souffrance de son frère, car ils étaient sortis du même ventre et avaient tété la même mamelle.