… Un mendiant passait, les cheveux longs et gris, sous un vieux voile en lambeaux, le corps couvert de loques, un haut bâton à la main.
— Au nom de Dieu et de son Prophète, faites l’aumône !
Mahdjoub tressaillit, se leva, laissant son travail.
— Si Mohammed ! Si Mohammed ! Je suis ton frère… Mahdjoub… Ou vas-tu ?
Mais le vieillard passait. Aucune lueur d’intelligence ne brilla dans ses yeux ternes. Alors Mahdjoub lui mit tout ce qu’il avait de monnaie dans la main, le baisa au front et rentra dans l’écurie. Là, appuyé contre un pilier, il se mit à pleurer.
Et le vieillard passa, s’en allant plus loin, dans la nuit de son intelligence éteinte, demander au nom d’Allah, le Clément et le Miséricordieux, le pain que la terre rouge et caillouteuse de son pays lui avait refusé.
Ténès, 1902.
RETOUR AU SUD
Sur la route de Bou-Saâda
Fuyant la banalité d’Alger, son bruit et sa foule, j’ai voulu revoir le Sud, le pays du silence bienfaisant, revivre, ne fût-ce qu’un instant, la vie libre de là-bas, que je regrette depuis si longtemps, dans l’atmosphère hostile des grandes villes embourbées de « civilisation ».