Nous nous rapprochons de nouveau de l’oued, dont les deux rives sont plantées de jardins, toujours du même vert, presque invraisemblable tant il est frais et savoureux.
Sur une sorte d’aire très unie, quelques maisons en toub : c’est encore une retraite des tolba, dépendant, comme leurs jardins, de la zaouïya d’El-Hamel.
El-Hamel, nom poétique qui signifie « l’Égaré », et qui sied très bien à ce lieu sauvage et grandiose, perdu, en effet, dans une vallée resserrée d’un côté et ouverte de l’autre, vers l’oued, sur un horizon vaste et azuré.
Et la zaouïya nous apparaît sur la hauteur : deux grands corps de bâtiment, l’un très blanc, d’aspect européen, et l’autre en toub très claire, avec de rares ouvertures étroites.
Au-dessous, une agglomération de maisons en terre, puis le village de la tribu des Chorfa, pittoresque amas de maisons d’aspect caduc, comme toutes ces constructions en toub.
Plus bas encore, une mer de verdure que surmontent, comme un dais splendide, les dattiers.
Tout cela se profile très nettement, très délicatement sur les teintes indéfinissables de la colline, dans l’air pur de la montagne. Ce lieu a un aspect particulier, bien à lui et qui ne tient ni du Sahara, ni du paysage ordinaire des Hauts-Plateaux.
… Je m’endors tout de suite, sur un tapis, dans une petite chambre en toub, très pauvre et très simple, qui est la demeure de Si Abou Bekr, tandis qu’un va-et-vient joyeux nous souhaite la bienvenue.
Au réveil, je retrouve là ces conversations calmes, secrètes et polies qui font passer les heures longues des jours sans cesse semblables, partout où, intacte, la grande insouciance islamique n’a pas été touchée par la dissolvante agitation européenne.
Ici, dans ce lieu égaré où le cadre est grandiose et simple, les bruits de nos luttes acharnées et inutiles viennent mourir dans le grand silence immuable, et les affaires courantes, sensiblement toujours les mêmes, ne sont que des incidents.