Djenan-ed-Dar

Il est, dans le décor pétrifié de Beni-Ounif, des soirs lourds, des soirs funèbres, où le siroco sème des cendres grises sur les choses, où le noir cafard envahit les âmes et les replie sur elles-mêmes en une angoisse morne.

Pas de calme et d’anéantissement voluptueux de l’être, dans ce paysage sans douceur, aux lignes dures, heurtées, aux couleurs éteintes.

Ces soirs-là, pour chercher les aspects connus et aimés du vrai désert berceur, je m’enfuis vers Djenan-ed-Dar, tout proche, petite poignée de poussière humaine, essai timide de vie perdu dans le vide et la stérilité de la plaine immense, libre, tranquille.

Au sud d’Ounif, la chaîne basse du Gara s’avance et finit en éperon arrondi, tout rose, éventré de larges plaies blanches qui sont des carrières.

Et là, au tournant, brusquement, tout change. C’est l’espace sans bornes, aux lignes douces, imprécises, ne s’imposant pas à l’œil, fuyant vers les inconnus de lumière.

Une monotonie harmonieuse des choses, un sol ardent et rouge, un horizon de feu changeant.

Seule végétation, d’aspect minéral elle-même, le bossellement innombrable du « degaâ » argenté que les soldats ont surnommé le « chou-fleur », l’étrange plante de la hamada de pierre, une agglomération serrée, ronde, de petites étoiles dures et aiguës, tenant au sol par une seule faible tige ligueuse.

Et rien d’autre, à peine quelques touffes d’alfa. Vers l’Est, vague comme un amas de nuages bleutés, une chaîne de montagnes et les dunes de la Zousfana, tachetées du noir des dattiers disséminés.

Au Sud, plus rien, l’horizon qui flambe vide et superbe… Très loin, à peine distincte, la silhouette rectiligne du Djebel-Sidi-Moumène qui s’éteint dans le rayonnement morne du ciel.