Alors, contournant furtivement les murailles d’Oudarhir, surgissent, inattendus et inquiétants, une dizaine d’hommes hâves, décharnés, vêtus de guenilles sans nom. Ils sont armés de fusils Mauser et poussent devant eux quelques moutons maigres… Près de moi, un des serviteurs de la zaouïya, grave, au regard de caresse, et d’obscurité, achève de prier.

— Si Mohammed, lui dis-je, quels sont ces gens ?

— Oh rien, des bergers de Mélias seulement.

— Mais ils portent le turban voilé des Beni-Guil.

— Non. Ce sont des Arabes à nous. Ils s’habillent comme les Beni-Guil, parce qu’ils sont restés longtemps au chott Tigri.

Mais Si Mohammed me quitte brusquement et disparaît au tournant d’un corridor. Tandis que s’épaissit l’obscurité, ces bergers, qui ressemblent à des pillards, entrent dans les rues couvertes de Hammam-Foukani. Après un instant, j’entends des bêlements dans une arrière-cour de la zaouïya.

Si Mohammed, qui revient, traînant ses savates de cuir jaune, explique : — Ces pauvres gens, éprouvés par la guerre, viennent ici pour vendre leurs moutons et implorer la bénédiction du cheikh et de ses ancêtres, — que Dieu leur accorde ses grâces ! — ils n’ont point d’autre refuge que cette maison…


Une salle longue, aux murs nus, au sol couvert d’épais tapis de haute laine, avec, épars, de longs coussins de soie jaune et verte brochée de fleurs d’or.

Dans un haut chandelier de bronze, une bougie unique éclaire la pièce. Sur les tapis, la lumière discrète coule en ondes pourpres, en ondes vertes, glisse des reflets violets, mordorés, selon les colorations franches et chaudes des laines.