Depuis un instant dans le jour gris et terne tamisé par les croisées sales, le commissaire feuilletait les vieux signalements des individus recherchés. Un silence lourd régnait dans la laideur pauvre du bureau de police. Dehors, un enfant arabe chantait.
Le commissaire releva la tête, considéra Hausser. Puis, tout à coup, il se tourna vers le planton.
— Défrusque-moi cet homme-là.
Et le commissaire sourit… C’était fini.
Alors, crânement, Hausser se déshabilla lui-même.
— Mon garçon, lui dit le commissaire, quand on a treize ans à tirer aux travaux et surtout quand on est ornementé dans votre style, on ne fait pas de politique… C’est malsain !
Hausser resta calme. Il se consolait, songeant qu’il avait quand même su s’évader et vivre en liberté pendant près d’un an. Et puis, on ne le renverrait plus à Orléansville : évasion avec violence sur le factionnaire, incendie, c’étaient les travaux forcés, cette fois.
Il se redressa, goguenard. — Ben quoi, m’sieu le commissaire ? Oui, c’est vrai, c’est moi que je suis Hausser. Et pis ? C’est y qu’y en a beaucoup de comme moi ? Pt’ête ben que vous-même, que vous êtes galonné et tout, et que vous vous f… du public, à c’te heure, vous seriez pas fichu d’faire ce que j’ai fait. Pis, dites-le vous bien, si ç’avait pas été qu’on s’a soûlé, c’est pas encore vous, ben sûr, que vous m’auriez pigé !
— Taisez-vous ! Allez avec l’agent, qui vous mènera à la gendarmerie. En avant !
— C’est bon… c’est bon ! On y va. Comme c’est pour longtemps, pas b’soin d’se presser.