Stolz, son fusil sur l’épaule, déambulait lentement le long du mur ouest de la vieille redoute. Il se traînait péniblement. Une lassitude infinie brisait ses membres. Un dégoût immense des choses paralysait sa pensée.
… Les clairons égrenèrent dans la nuit la plainte lente, très douce, de l’extinction des feux. La sonnerie dernière sembla planer dans le silence, puis mourut…
Stolz s’arrêta.
Il était calme, maintenant, se résignant devant l’irréparable, courbant la tête.
Pas une seule fois, dans toute sa vie, il n’avait songé que ce qu’il croyait être un malheur immense n’était qu’une illusion, une convention stupidement cruelle et surannée. Pour toujours, l’idée qu’il était, de par sa naissance, un paria avait subjugué son esprit.
Maintenant, tout effort lui apparaissait inutile et il sentait qu’il ne saurait où puiser le courage de vivre dans l’obscurité noire où il était tombé.
Alors, une idée lui vint, tout à coup, très mélancolique et très douce : il y avait une issue, simple, immédiate, la fin de toute souffrance…
Stolz ne s’attendrit pas sur lui-même. Il ne se pencha pas, pitoyable, sur sa vie gâchée.
Un grand calme s’était fait en lui. Dans la tristesse infinie de cette heure solitaire, il se sentit fort.
Tout de suite, sans hésitation, sans crainte, sa résolution devint inébranlable.