— Qu’est-ce qu’il t’a dit ? demandait Lombard intrigué.
— Il m’a salué.
— C’est que tu le connais, alors ?
— Non, dans notre religion, c’est l’habitude de se saluer, sans se connaître.
— Ça, c’est bien. Faut être poli. Mais, dis voir, pourquoi que les femmes elles se cachent la figure et qu’il y en a si peu dans la ville ?
— Ce n’est pas l’habitude pour nos femmes de sortir… Mais si tu veux en voir, des Mauresques, je vais t’en faire voir. Viens ! Ah, si on pouvait, quand on sera relevé, être envoyé dans le Tell, c’est là que tu verrais de belles femmes !
— Où c’est-y encore, ça, le Tell ?
— C’est le Nord, le pays que tu as vu en débarquant.
— Ça serait chic…
La nuit était tout à fait tombée et la ville se faisait déserte. Lombard et Bou Saïd sortirent sur « la route » de Touggourth — une piste dans le sable — et montèrent vers une maison qui dominait le désert, finissant la ville, au sud ouest. Les portes de ce lieu étaient ouvertes, et on y faisait beaucoup de tapage. Sur des bancs, des tirailleurs étaient assis, qui buvaient, chantaient ou se disputaient. Mais les regards du tringlot furent surtout captivés par une dizaine de créatures étranges, vêtues comme des fantômes et qui portaient sur leur visage bronzé des signes tatoués en bleu. Quelques-unes buvaient avec les tirailleurs, tandis que les autres dansaient en se trémoussant drôlement.