C’était l’été. Une chaleur étrange, qui semblait monter de terre, enveloppa Roberto. Une senteur indéfinissable traînait dans l’air, et Fraugi éprouva une sorte de malaise singulier, à se sentir là, de nuit, tout seul au milieu de la place vaguement éclairée par les grandes étoiles pâles.

Au loin dans la campagne, les cigales chantaient, et leur crépitement immense emplissait le silence à peine troublé, en ville, par le glouglou mystérieux des crapauds tapis dans les séguia chaudes.

Des silhouettes de jeunes palmiers se profilaient en noir sur l’horizon glauque.

A terre, des formes blanches s’allongeaient, confuses : des Arabes endormis fuyant au dehors la chaleur et les scorpions.

Le lendemain, dans la clarté rosée de l’aube, un grand bédouin bronzé, aux yeux d’ombre, réveilla Fraugi dans sa petite chambre d’hôtel.

— Viens avec moi, je suis le garçon du caïd.

Dehors, la fraîcheur était délicieuse. Un vague parfum frais montait de la terre rafraîchie et un silence paisible planait sur la ville encore endormie.

Fraugi, juché sur un mulet, suivit le bédouin monté sur un petit cheval gris, à long poil hérissé, qui bondissait joyeusement à chaque pas.

Ils franchirent l’oued, dans son lit profond. Le jour naissant irisait les vieilles maisons en toub, les koubbas sahariennes, aux formes étranges.

Ils traversèrent les délicieux jardins arabes de Guerfala et entrèrent dans la plaine qui s’étendait, toute rose, vide, infinie.