Les jours et les années passèrent, monotones, dans la paix somnolente du douar. Au cœur de Fraugi, aucune nostalgie du Piémont natal ne restait plus. Pourquoi aller ailleurs, quand il était si bien à Aïn-Menedia ?

Il parlait arabe maintenant, sachant même quelques mélopées qui scandaient au travail ses gestes de plus en plus lents.

Un jour, en causant, il prit à témoin le Dieu en dehors de qui il n’est pas de divinité, Seddik s’écria : — Ya Roubert ! Pourquoi ne te fais-tu pas musulman ? Nous sommes déjà amis, nous serions frères. Je te donnerais ma sœur, et nous resterions ensemble, en louant Dieu !

Fraugi resta silencieux. Il ne savait pas analyser ses sensations, mais il sentit bien qu’il l’était déjà, musulman, puisqu’il trouvait l’Islam meilleur que la foi de ses pères… Et il resta songeur.

Quelques jours plus tard, devant des vieillards et Seddik, Fraugi attesta spontanément qu’il n’y a d’autre dieu que Dieu et que Mohammed est l’Envoyé de Dieu.

Les vieillards louèrent l’Éternel et Seddik, très ému sous ses dehors graves, embrassa le maçon.

Roberto Fraugi devint Mohammed Kasdallah.

La sœur de Seddik, Fathima Zohra, devint l’épouse du m’tourni. Sans exaltation religieuse, simplement, Mohammed Kasdallah s’acquitta de la prière et du jeûne.

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Roberto Fraugi ne revint jamais à Santa-Reparata de Novarre, où on l’attendit en vain…