Un jour, à l’aube, il parvint dans les gorges sauvages de l’oued Allala, près de Ténès.
A un brusque tournant de la route, Si Abderrahmane arrêta sa mule et loua Dieu, tout haut, tant le spectacle qui s’offrait à ses regards était beau.
Les montagnes s’écartaient, s’ouvrant en une vallée de contours harmonieux. Au fond, l’oued Allala coulait, sinueux vers la mer, qui fermait l’horizon.
Vers la droite, le mont de Sidi-Merouane s’avançait, en pleine mer, en un promontoire élevé et hardi.
Au pied de la montagne, dans une boucle de l’oued, la Ténès des musulmans apparaissait en amphithéâtre, toute blanche dans le brun chaud des terres et le vert puissant des figuiers.
Une légère brume violette enveloppait la montagne et la vallée, tandis que des lueurs orangées et rouges embrasaient lentement l’horizon oriental, derrière le djebel Sidi-Merouane.
Bientôt, les premiers rayons du soleil glissèrent sur les tuiles fauves des toits, sur le minaret et les murs blancs de la ville.
Et tout fut rose, dans la vallée et sur la montagne. Ténès apparut à Si Abderrahmane, à la plus gracieuse des heures, sous des couleurs virginales.
Près des vieux remparts noircis et minés par le temps, entre les maisons caduques, délabrées sous leur suaire de chaux immaculée, s’ouvre une petite place qu’anime seul un café maure fruste et enfumé, précédé d’un berceau fait de perches brutes où s’enroulent les pampres d’une vigne centenaire. Un large divan en plâtre, recouvert de nattes usées, sert de siège.
De là, on voit l’entrée des gorges, les forêts de pins, le djebel Sidi-Abdelkader et sa koubba blanche, les ruines de la vieille citadelle qu’on appelle la smala. Tout en bas, parmi les roches éboulées et les lauriers-roses, l’oued Allala roule ses eaux claires.