— J’aime Rezki ! répondait-elle à sa mère quand elle lui parlait de sa jeunesse et de sa beauté, pour la décider.

Et c’était vrai. Elle aimait l’époux amant mort, celui dont sa chair gardait le souvenir douloureusement doux.

Mais, devant l’insistance énervante de sa mère et la brutalité de son beau-père qui la battait cruellement, Taalith sentit l’inutilité de la lutte sans issue. Et puis, n’aimait-elle pas le mort, ne lui était-elle pas fidèle, ne se sentait-elle pas seule et incapable d’un nouvel amour ?

Son visage brun aux longs yeux de caresse triste, au front tatoué et à la bouche tendre se raidit, se tira en une maigreur maladive. Une flamme étrange s’alluma dans son regard assombri.

Un jour, elle dit à son beau-père :

— Puisque c’est écrit, j’obéirai… Puis, toujours plus silencieuse et plus pâle, elle attendit.

*
* *

C’était la veille du jour où devaient commencer les fêtes nuptiales. La nuit avait peu à peu assoupi les bruits des nichées pauvres de la maison. Taalith et Zouïna étaient seules.

— Mère, dit Taalith avec un étrange sourire, je veux que tu m’habilles et que tu me pares, comme je serai demain, pour voir si je serai au moins belle, moi dont les yeux sont morts à force de pleurer !

Zouïna, heureuse de ce qu’elle croyait un renouveau de joie enfantine, se hâta de passer à Taalith les fines chemises de gaze lamée, les gandouras de soie claire, les foulards chatoyants… puis elle la chargea de tous ses bijoux kabyles : sur sa tête aux longs cheveux teints, elle attacha le diadème d’argent orné de corail. Au cou nu et pur, elle enroula les colliers de verre, de pièces d’or et de corail, par-dessus le lourd gorgerin ciselé. Elle serra la taille souple dans la large ceinture d’argent et chargea les poignets ronds de bracelets, les chevilles frêles de khalkhal chantants. Un collier de pâte odorante et durcie enveloppa le corps de Taalith d’une senteur chaude.