Taalith, parée en épousée, avait disparu. Tous l’accusèrent de s’être enfuie pour aller se prostituer dans les bouges de la Casbah.

Mais Zouïna, hagarde, vieillie, devina la vérité et supplia qu’on la descendît dans le puits au bout d’une corde. Devant cette incessante prière qui semblait de la folie, l’autorité fit murer le puits. Alors, Zouïna s’arracha les ongles et la chair des mains contre la pierre, hurlant pendant des jours le nom chéri : Taalith !

On chercha au dehors, en vain. Alors, on rouvrit le gouffre, un homme descendit, trouva Taalith qui flottait…

On ramena le cadavre sur les dalles blanches, et le soleil discret du soir ralluma des lueurs roses sur les bijoux enserrant encore les chairs boursouflées, verdâtres, toute l’immonde pourriture qui avait été Taalith…

PLEURS D’AMANDIERS

A Maxime Noiré, le peintre des horizons en feu et des amandiers en pleurs.

Bou-Saâda, la reine fauve vêtue de ses jardins obscurs et gardée par ses collines violettes, dort, voluptueuse, au bord escarpé de l’oued où l’eau bruisse sur les cailloux blancs et roses. Penchés comme en une nonchalance de rêve sur les petits murs terreux, les amandiers pleurent leurs larmes blanches sous la caresse du vent… Leur parfum doux plane dans la tiédeur molle de l’air, évoquant une mélancolie charmante…

C’est le printemps et, sous ces apparences de langueur, et de fin attendrie des choses, la vie couve, violente, pleine d’amour et d’ardeur, la sève puissante monte des réservoirs mystérieux de la terre, pour éclore bientôt en une ivresse de renouveau.

Le silence des cités du Sud règne sur Bou-Saâda et, dans la ville arabe, les passants sont rares. Dans l’oued pourtant, circulent parfois des théories de femmes et de fillettes en costumes éclatants.

Mlahfa violettes, vert émeraude, rose vif, jaune citron, grenat, bleu de ciel, orange, rouges ou blanches brodées de fleurs et d’étoiles multicolores… Têtes coiffées du lourd édifice de la coiffure saharienne, composée de tresses, de mains d’or ou d’argent, de chaînettes, de petits miroirs et d’amulettes, ou couronnées de diadèmes ornés de plumes noires. Tout cela passe, chatoie au soleil, les groupes se forment et se déforment en un arc-en-ciel sans cesse changeant, comme des essaims de papillons charmants.