— Mais tu l’as touché… C’est tout ! Allez, à un autre ! Abdallah ben Taïb Djellouli !
— Mais ce n’est pas un payement, deux sous !… Dieu est témoin…
— Nom de Dieu d’imbécile ! Balek fissaâ !
Le cavalier poussa dehors le fellah qui, aussitôt dans la rue, courba la tête, sachant combien il était inutile de discuter.
En un groupe compact, les Ouled-Bou-Naga restaient là, comme si une lueur d’espoir leur restait dans l’inclémence des choses. Ils avaient le regard effaré et tristement stupide des moutons à l’abattoir.
— Il faut aller réclamer à l’administrateur, suggéra Mohammed Achouri.
Et ils se rendirent en petit nombre vers les bureaux de la commune mixte, au milieu de la ville.
L’administrateur, brave homme, eut un geste évasif des mains… — Je n’y peux rien… Je leur ai bien dit, à Alger, que c’était la ruine pour la tribu… Ils n’ont rien voulu savoir, ils commandent, nous obéissons… Il n’y a rien à faire.
Et il avait honte en disant cela, honte de l’œuvre mauvaise qu’on l’obligeait à faire.
Alors, puisque le hakem qui ne leur avait personnellement jamais fait de mal, leur disait qu’il n’y avait rien à faire, ils acceptèrent en silence leur ruine et s’en allèrent, vers la vallée natale, où ils n’étaient que des pauvres désormais.