Polosov vida son verre, se rinça la bouche, se lava les mains qu'il essuya soigneusement dans sa serviette, sortit de sa poche un cigare et l'alluma.

Sanine le regardait sans rien dire.

—Je ne vois qu'un moyen, dit enfin Polosov, en rejetant la tête en arrière et en laissant échapper la fumée en fines spirales. Va voir ma femme! Si elle veut, elle peut te tirer de peine.

—Mais comment puis-je voir ta femme, puisque tu dis que vous partez après-demain?

Polosov ferma les yeux.

—Eh bien, voici mon conseil, dit-il enfin, en tournant le cigare avec ses lèvres et en soupirant… Rentre chez toi, fais vite tes préparatifs de voyage, et reviens ici… À une heure, je pars… Ma voiture est grande, je te prendrai avec moi… C'est ce qu'il y a de mieux à faire… Et maintenant, je vais faire une petite sieste… Quand j'ai mangé, j'ai envie de dormir un peu… Mon tempérament l'exige et je cède… Et toi, ne m'empêche pas non plus de dormir…

Sanine réfléchit, réfléchit… puis tout à coup leva la tête: il avait pris une résolution.

—J'irai avec toi… Merci! À midi et demi je serai ici… et nous irons ensemble à Wiesbaden… J'espère que ta femme ne m'en voudra pas?

Mais Polosov ronflait déjà. Lorsqu'il avait dit: «Ne m'empêche pas…» il avait allongé un peu les jambes et il s'était endormi comme un enfant.

Sanine jeta encore une fois un regard sur ce gros visage, cette tête sans cou, ce menton en l'air et tout rond qui ressemblait à une pomme, puis courut à la confiserie Roselli pour prévenir Gemma de son absence.