—Premièrement, dit-elle on scandant chaque mot et en frappant du bout des doigts le parement du surtout de Sanine,—je n'ai pas l'habitude de consulter mon mari, si ce n'est en ce qui concerne ma toilette… sur ce chapitre il est fort…—Secondement, pourquoi ne voulez-vous pas demander un prix élevé? Je ne veux pas profiter de ce que vous êtes amoureux et prêt à tous les sacrifices?… Je n'accepterai pas de vous un rabais… Comment? Au lieu de stimuler,—comment dirai-je cela…—d'encourager de mon mieux de nobles sentiments, je vous exploiterais? Ce n'est pas dans mes habitudes bien que souvent je n'épargne pas les gens… mais ce n'est pas ainsi que je m'y prends.
Sanine se demandait si son interlocutrice plaisantait ou si elle parlait sérieusement.
Il se dit en lui-même: «Oh! avec toi, il faut être bien sur ses gardes!»
Un valet apporta un samovar, des tasses à thé, de la crème et des biscuits sur un grand plateau. Il posa ces choses sur la table entre Sanine et madame Polosov, et se retira.
La jeune femme servit à Sanine une tasse de thé.
—Vous ne m'en voudrez pas? demanda-t-elle en mettant du bout des doigts le sucre dans la tasse du jeune homme, bien que les pinces fussent dans le sucrier.
Sanine se récria:—Madame! d'une si belle main!…
Il n'acheva pas sa phrase et faillit s'étouffer en avalant la première gorgée de thé.
Madame Polosov le regardait attentivement de son regard clair.
—J'ai dit, reprit Sanine, que je ne demanderais pas un prix élevé pour ma propriété, parce que vous sachant à l'étranger, je ne suis pas en droit de supposer que vous ayez avec vous beaucoup d'argent disponible… Puis je sais que ces conditions de vente ne sont pas normales… Je dois tenir compte de toutes ces considérations…