L'étroit chemin devint bientôt un sentier à peine visible et finit par s'effacer complètement, coupé par un fossé.
Sanine était d'avis de rebrousser chemin, mais Maria Nicolaevna se récria:
—Non, non, je veux aller à la montagne. Allons à travers champs, tout droit, comme les oiseaux volent.
Elle obligea son cheval à sauter par-dessus le fossé. Sanine en fit autant.
De l'autre côté s'étendait une prairie, d'abord sèche, ensuite humide et qui finit dans un marécage; on voyait l'eau sourdre partout et former par place des mares.
Maria Nicolaevna conduisit exprès son cheval en plein dans le marais, et se mit à rire en criant:
—Faisons l'école buissonnière! Vous savez ce que c'est que de chasser au moment des eaux printanières, demanda-t-elle à Sanine.
—Je le sais, répondit le jeune homme.
—J'avais un oncle, continua-t-elle, qui aimait beaucoup la chasse. Je l'accompagnais souvent… au printemps, c'est adorable!… Nous aussi, aujourd'hui, nous nous retrempons dans les eaux printanières… Seulement je vois que vous êtes un vrai Russe, et vous voulez épouser une Italienne… Enfin, c'est votre sort!… Tiens! encore un fossé! Hop, hop, hop!…
La cavale franchit le ravin, et le chapeau de Maria Nicolaevna s'envola, ses cheveux se déroulèrent sur son dos.