—Et quel acteur! Un volcan, Signori miei, un volcan, un Vesuvio!
J'ai eu l'honneur de jouer avec lui dans l'opéra de l'illustrissimo
maestra Rossini—dans Othello. Garcia était Othello, je jouais
Jago.—Et quand il prononçait cette phrase:

Pantaleone prit l'attitude d'un chanteur et d'une voix tremblotante, enrouée, mais toujours pathétique lança:

L'i-ra daver… so daver… so il fato. Io piu no… no… no… non temero.

—… Le théâtre tremblait, Signori miei! Et moi je ne restais pas en arrière, et je répétais après lui:

L'i…ra daver… so daver… so il fato Temèr piu non dovro!

… Et lui, tout à coup, comme un éclair, comme un tigre: Morro!… ma vendicato.

… Ou quand il chantait… quand il chantait l'air célèbre de «Matrimonio segreto» Pria che spunti… Alors il gran Garcia, après ces mots: I cavalli di galoppo, il faisait, écoutez bien, vous verrez comme c'est merveilleux, com'è stupendo!…

Le vieillard commença une fioriture très compliquée—mais à la dixième note il s'arrêta, toussa et avec un geste de désespoir dit:

—Pourquoi me tourmentez-vous de la sorte?

Gemma battit des mains de toutes ses forces et cria: bravo! bravo! puis courut vers le pauvre «Jago» et des deux mains lui donna des tapes amicales sur l'épaule.