Dans son désespoir, Sanine demanda des nouvelles de M. Kluber.

Oh! celui-là, tout le monde le connaissait, mais ces renseignements n'éclairèrent pas Sanine sur ce qu'il désirait savoir. L'élégant commis, sa fortune faite, s'était livré à des spéculations, avait fait faillite et était mort en prison…

Ces nouvelles d'ailleurs laissèrent Sanine très indifférent, et il commençait à se dire qu'il avait agi précipitamment en venant comme cela à Francfort, lorsqu'un jour en feuilletant un livre d'adresses, il tomba sur le nom de Von Daenhoff, major en retraite.

Il s'empressa de prendre une voiture et de se faire conduire à l'adresse indiquée, sans savoir si ce Daenhoff était l'officier qu'il avait connu, ou, dans le cas où ce serait bien lui, s'il pourrait lui dire ce que la famille Roselli était devenue.

Mais le noyé s'accroche à une paille.

Sanine trouva le major von Daenhoff chez lui, et dans cet homme à tête blanche il reconnut d'emblée son ancien adversaire.

Daenhoff le reconnut également et fut très content de le voir, cela lui rappelait sa jeunesse et ses aventures.

Sanine put apprendre enfin de lui que la famille Roselli avait depuis longtemps émigré en Amérique, à New-York, que Gemma avait épousé un négociant et que le major connaissait un marchand de Francfort qui devait avoir l'adresse du mari de Gemma, car il avait des relations avec l'Amérique.

Sanine pria le major Daenhoff de lui procurer cette adresse—et, ô joie! son ancien adversaire la lui rapporta: M. Jeremiah Slocum, New-York, Broadway n° 501.

Il est vrai qu'elle datait de 1863.