Sanine secoua la tête, et s'élançant hors de son fauteuil, arpenta deux fois la chambre, puis il s'assit à sa table à écrire, et ouvrant les tiroirs l'un après l'autre, il se mit à fouiller dans ses papiers, surtout parmi ses vieilles lettres de femmes.
Il ne savait pas lui-même pourquoi il remuait ces tiroirs, il ne cherchait rien, il voulait seulement, par une occupation quelconque, se délivrer des pensées qui le tourmentaient.
Après avoir au hasard ouvert quelques lettres,—dans l'une, il trouva une fleur séchée, retenue par une faveur dont la couleur était passée,—il haussa les épaules et, regardant le foyer, mit les lettres de côté avec l'intention évidente de brûler tôt ou tard toute cette paperasse inutile.
Passant à la hâte les mains dans tous les tiroirs, il ouvrit tout à coup largement les yeux; il sortit lentement un petit coffret octogonal, de forme ancienne, et lentement souleva le couvercle. Dans la boîte, sur une double couche d'ouate jaunie se trouvait une petite croix de grenat.
Il considéra quelques instants avec surprise cette croix, puis, tout à coup, il poussa un faible cri.
Ses traits exprimèrent du regret et de la joie.
C'était l'expression d'un homme qui rencontre subitement un ami, qu'il a longtemps perdu de vue, mais qu'il a tendrement aimé, et qui tout à coup lui apparaît, toujours le même, mais changé par l'âge.
Sanine se leva et, revenant à la cheminée, s'assit de nouveau dans le fauteuil, et pour la seconde fois se couvrit le visage de ses deux mains.
«Pourquoi cela arrive-t-il aujourd'hui?» se demanda-t-il.
Et il se rappela des choses depuis longtemps passées.